Libérer la parole qui est en nous

« En Afrique, toute assemblée a ses lois, la palabre a les siennes ; elles sont simples. Chacun à son tour est invité à s’exprimer ; tous ont le devoir d’écouter jusqu’au bout, sans interrompre ; nul n’est laissé pour compte. Il n’est pas nécessaire qu’un jugement soit porté. Après avoir siégé, tous peuvent repartir en paix, un pas est franchi. »
Règle n°1 : liberté de propos
Règle n°2 : bienveillance, écoute et respect
Règle n°3 : égalité de tous devant la question humaine.
Autant de valeurs que je souhaite vous faire partager à travers ce blog et avec l’aide de toutes vos contributions !

samedi 7 janvier 2012

Islam et Christianisme

Nous sommes invités à nous rencontrer et à donner un sens à notre rencontre. L’expérience de Pierre Claverie.

«Une dimension de l’espérance» chez Christian  de Chergé.

Dans le dialogue Islamo-Chrétien.

Brève présentation de mes lectures.

Michel Bonemaison sma - décembre 2011



En mission en Afrique depuis août 1965 je prenais un temps de recul et achevais, à la catho de Paris, la rédaction d’un mémoire en théologie sur le dialogue entre les religions lorsque des frères dominicains m’invitaient à rencontrer Pierre Claverie, évêque d’Oran. La douceur de ses paroles et son respect à l’égard des personnes m’ont interpelé ainsi que la rigueur avec laquelle il refusait les différentes idéologies et les certitudes qui risquaient de gangréner les milieux religieux et politiques. Il repartait serein, témoin de Jésus-Christ, pour l’amour de Dieu et des hommes, offrant simplement sa vie pour la Vie de chacun. Il était assassiné deux mois plus tard le 1° août 1996.

L’approche des présidentielles en France, occasion de paroles peu tendres et souvent infondées à l’encontre de portions de populations, - les mouvements douloureux au Proche-Orient dont nous sommes témoins sans être vraiment informés, - puis, autour des déplacements de populations, la pression qui crée la peur, - ou encore, une manière de dénoncer les fondamentalismes dangereux etc. … tout cela m’a incité à relire ce beau témoignage de l’évêque d’Oran pour me resituer dans la paix et l’espérance.

Pierre Claverie
« Petit traité de la rencontre et du dialogue » Cerf 2004, 166 pages.
J’en livre deux passages parmi beaucoup d’autres très constructifs.
Dans son chapitre 4 intitulé « Jésus : un homme libre et libérant » l’auteur considère le regard de Jésus sur ses rencontres, la Samaritaine, Zachée, la femme adultère… « Dans le dialogue et la rencontre, il est extrêmement important de croire que je ne suis pas meilleur que l’autre, plus fort que l’autre, plus savant … que simplement je suis autre et que nous tenons notre valeur, l’un et l’autre, de la parole d’amour qui nous fait être maintenant chacun. A propos de cette parole qui fait ressusciter, … Tout ce que j’ai dit de la parole coranique ne m’empêche pas de croire que l’Esprit fait son œuvre par le Coran et dans tout le monde musulman et donc qu’on ne peut pas s’en tenir à l’examen des textes pour juger de la foi vivante des hommes et des femmes. … Le croyant peut être très proche de Dieu et le comprendre autrement que comme le maître qui dicte sa loi à l’esclave.» p 60-61.

A propos de l’Eglise invitée à se mettre en dialogue : « Couper le dialogue, refuser la rencontre, c’est amputer le corps et c’est empêcher la parole de vie de nous traverser tous, pour atteindre nos frères. Nous stérilisons une partie de ce corps lorsque nous coupons la communication par vanité, par orgueil, par volonté de dominer, par jalousie, par une prétention imbécile à être supérieurs aux autres ou meilleurs que les autres. » page 142

Je signale aussi un article récent, décembre 2011, sur la théologie de Pierre Claverie dans la revue Chemins de Dialogue n° 38 sous la plume de Jean-Jacques Perennès op, institut dominicain d’études orientales, Le Caire : « réflexions sur la théologie de la mission chez Pierre Claverie » pages 63-83. Et encore d’un autre article de la même revue je recopie ces quelques lignes page 90 : « A la suite de monseigneur Duval, Pierre Claverie, évêque d’Oran affirme à son tour : ‘‘le pluralisme est un défi majeur de notre temps. L’étranger, l’autre, revêt une importance vitale pour chacun’’. Et à quelques semaines de son assassinat en 1996, il ajoute avec la même radicalité évangélique : ‘‘la place de l’Eglise est sur les fractures du monde ; si elle n’est pas là, elle n’est nulle part’’. »


Christian de Chergé et ses frères moines étaient sur l’une de ces fractures du monde. Je suis revenu à Pierre Claverie après la lecture de la remarquable étude des écrits de Christian de Chergé où Christian Salenson fait apparaître la théologie sous-jacente à toute la pensée du prieur de Tibhirine: « Une théologie de l’espérance ». C. Salenson est actuellement directeur de l’Institut de sciences et de théologie des religions de Marseille.

Christian de Chergé
Christian Salenson « Une théologie de l’espérance » Bayard 2011, 253 pages.
En trois petits chapitres d’un ensemble de quarante pages est précisé le cheminement d’une vocation, sa construction, déjà au sein d’une Eglise qui libère et se libère par le renouvellement de sa théologie avec Vatican II, mais aussi au gré d’événements fondateurs dont le plus important est certainement le temps que Christian va vivre pendant la guerre d’Algérie.
De la deuxième partie je ne propose que trois points [en quelques pages que je cite in extenso], pour les souligner, parmi ceux qui retiennent le plus mon attention dans la croissance de la foi de Christian attisée par sa vie quotidienne au contact fraternel avec ses voisins musulmans et en harmonie avec ses frères moines cisterciens :

6. - la lecture du Coran, l’intertextualité : pages 98 à 100.

Christian de Chergé lit ensemble les écritures bibliques et le Coran. De nombreux exemples pourraient illustrer cette affirmation. Retenons le commentaire qu’il fait sur le Pain de Vie dans l’Evangile de Jean au chapitre VI, en ayant en arrière-fond la sourate de la Table servie. Dans la sourate, les apôtres adressent une demande à Jésus pour que son Seigneur fasse descendre une Table servie ! Jésus sollicite leur foi. Ils veulent des assurances. Jésus invoque Dieu, lui demandant de faire descendre une « Table servie » qui sera « une  fête » et « un signe ». De Chergé commente le discours sur le Pain de Vie. Jésus voit. Il voit le manque de pain, c’est-à-dire l’insatiable du cœur humain, la plénitude introuvable etc. … Et la clef du commentaire est empruntée à la sourate par un subtil jeu de mot : Dieu pourvoit … Il voit pour ! « Pourvois-nous des choses nécessaires à la vie ».

… Christian de Chergé ne fait donc pas une interprétation chrétienne du texte coranique, ni une interprétation coranique du texte chrétien. Il laisse les textes se répondre. Cette manière de faire est à proprement parler, un véritable dialogue des Ecritures par lequel les unes contribuent à mettre en valeur la beauté des autres, et leur sens. La question qui se pose alors : où Christian de Chergé a-t-il appris à lire ainsi ? Cette manière de lire est typique de la lectio divina telle qu’elle est pratiquée, en particulier dans la tradition cistercienne. Ainsi faisait Saint Bernard, à la suite de nombreux Pères de l’Eglise, passant d’un texte à l’autre, pratiquant une forme d’intertextualité, à l’intérieur du corpus biblique. La méthode de lecture est traditionnelle sauf qu’elle s’applique en l’occurrence à la lecture de textes d’une autre tradition religieuse … Un vrai cistercien lecteur du Coran !

Personnellement j’ai d’abord été appelé à relire les textes bibliques fondateurs en lien avec les mythes, archétypes de la pensée, de la culture du peuple Baatonu qui m’accueillait. Mais cela je ne l’ai pratiqué que dans l’oralité, tout comme progressivement dans les années 85-90, j’ai accepté l’invitation à le vivre entre l’Evangile et le Coran au sein de jeunes communautés chrétiennes lorsqu’elles accueillaient leurs frères de sang qui revenaient frais et moulus d’une formation coranique en Arabie Saoudite.
Chez Christian de Chergé je suis admiratif de la rigueur intellectuelle et comprends combien elle était nécessaire pour aller de l’avant.

8. – La communion des saints et la communauté : pages 134-138.

… La communion des saints est un concept-clef dans la pensée de Christian de Chergé. Si on lui posait la question : qu’est l’Eglise du Christ ? Il répondrait : « la communion des saints ». Aussi est-ce par ce concept de communion des saints qu’il convient d’entrer dans le mystère de l’Eglise.

Une nouvelle fois, nous devons nous référer à Mohammed, le garde-champêtre, dont la mort a révélé à Christian de Chergé le mystère présent et actuel de la communion des saints. Cet homme, père de famille, s’est interposé pour sauver Christian, il a été retrouvé mort le lendemain ! Il dit qu’à partir de cet évènement «  a commencé un pèlerinage vers la communion des saints où chrétiens et musulmans, et tant d’autres avec eux, partagent la même joie filiale ». Mohammed en est le signe toujours présent « car je sais pouvoir fixer à ce terme de mon espérance au moins un musulman, ce frère bien-aimé, qui a vécu jusque dans sa mort l’imitation de Jésus-Christ. Et chaque eucharistie me le rend infiniment présent dans la réalité du corps de Gloire où le don de sa vie a pris toute sa dimension pour moi et pour la multitude ». D’ailleurs une même foi en la communion des saints unit chrétiens et musulmans et c’est une des raisons pour laquelle il privilégie cette notion. « Ce dernier mystère, essentiel pour nous, indique le lieu de la rencontre sans donner prise sur le chemin qui y conduit ». Il s’agit alors pour les uns et les autres de se laisser conduire par cette foi commune. « On se laisse alors stimuler et l’Esprit de Jésus reste libre de faire ce travail entre nous, se servant de la différence, même de celle qui nous heurte. Nous le reconnaissons à son œuvre. Nous recevons de la prière silencieuse longuement vécue côte à côte, avec nos amis soufis notamment, un sentiment de plénitude qui trompe d’autant moins que nous le savons profondément partagé. Dieu en sait davantage ! »

… La communion des saints est là, présente et offerte aujourd’hui, même si elle demeure cachée à nos yeux. Mohammed est dans cette communion et avec lui combien d’autres musulmans ! Même si elle ne se révèlera que dans la pleine lumière au-delà de notre mort, c’est un au-delà présent, un au-delà qui vient vers nous. Nous pouvons en voir les signes et sentir les effluves …

Qui appartient à l’Eglise ? Le concile a évité, dans Lumen Gentium et Gaudium et Spes, le seul terme d’appartenance, préférant parler d’ordination au peuple de Dieu ou de participation au mystère pascal, mais on peut s’interroger : « qui sont-ils tous ceux-là ? » « Qui sont-ils tous ces gens vêtus de blanc et d’où viennent-ils ? » demande le témoin de l’Apocalypse. «  … Eh quoi ! Répondrait le Maître, ton cœur est-il étroit parce que mon ciel est large et parce que s’y trouvent nombre de demeures ? Mystère de cet appel universel pour nous qui tentons de nous tenir dès maintenant devant le trône de l’agneau ».

Nous avons tous un « ami différent » qui est « bien » … à la suite de Christian nous voilà invités à ouvrir notre cœur et à désirer une « demeure » pour tous ceux qui nous sont différents ou mieux, dont nous sommes différents.
Le message du livre de l’Apocalypse j’ai eu le bonheur de le proposer plusieurs fois à l’occasion de retraites spirituelles ; c’est étonnant l’ouverture aux autres qu’il peut susciter. C’est une joie de le relire grâce à Christian dont la foi illimitée en la communion des saints m’aide à resituer mon espérance, à la renouveler, à la conforter.

L’espérance : pages 169-171.

L’espérance est ce qui nous fait habiter aujourd’hui l’au-delà de la mort, qui nous fait habiter la communion des saints et qui nous permet de l’incarner. L’espérance est ce qui nous maintient à notre place qui fait que nous sommes dans le monde et pas du monde. Elle nous fait nous tenir « dans la peur du lendemain, vaincue par la patience d’aujourd’hui … Dans la peur de la mort violente, vaincue par la présence du Vivant … Dans la peur de la guerre civile, vaincue par la certitude que la paix n’est pas de ce monde … Dans la peur de l’Islam et de l’intolérance, vaincue par le don de l’Esprit œuvrant la communion des saints… »

Les soixante dernière pages de l’ouvrage proposent des manières d’être, de penser, de vivre la rencontre entre chrétiens et musulmans aujourd’hui ; une adresse toute spéciale à l’Eglise, et, c’est moi qui ajoute, aux Eglises en invitant les frères de toutes les confessions chrétiennes dans cette démarche sans limite.

Michel Bonemaison sma
Le Cendre 30 décembre 2011

lundi 12 décembre 2011

DEUX EVENEMENTS MAJEURS AUTOUR DE L’AFRIQUE !




 Société des Africanistes
Musée du quai Branly - 222 rue de l'Université - 75007 Paris - France 
Pour nous contacter : email. africanistes@yahoo.fr - tel. 01 56617117 - www.africanistes.org

Le Colloque de la Société des Africanistes

La Société des Africanistes a organisé les 17 et 18 novembre 2011 un colloque international au Musée du Quai Branly « Quels regards scientifiques sur l’Afrique depuis les indépendances ? »
Ce colloque voulait faire le bilan des recherches et des connaissances accumulées sur l’Afrique postcoloniale, en prenant comme point d’appui les conséquences des bouleversements institutionnels, académiques, politiques sur les thématiques, les méthodes et les paradigmes gouvernant la recherche africaniste.

Objet du colloque
Le colloque « Quels regards scientifiques sur l’Afrique depuis les Indépendances ? » a eu pour objectif d’établir un état des lieux de la recherche, à la fois, africaniste et africaine, toutes disciplines confondues, depuis les Indépendances. En effet, les études, menées dans le cadre des politiques coloniales, in situ ou à distance, par des acteurs exogènes, se sont libérées des orientations coloniales pour s’émanciper à plusieurs niveaux après les Indépendances. D’autres chercheurs de pays non colonisateurs (des scientifiques russes, suédois, japonais, américains par exemple) se font connaître et ont entrepris des recherches dégagées de ces orientations premières. Des chercheurs africains ont également investi différents domaines disciplinaires, et dont la réputation est aujourd’hui internationale. Dans ce mouvement, de nouveaux champs de recherche ont émergé, tandis que d’autres ont été abandonnés, d’autres encore se sont développés.
Si de nouveaux paradigmes sont nés tandis que d’autres, plus anciens, furent remis en cause (ethnicité, anthropologie biologique ou physique), on peut toutefois se demander quels sont ceux actuellement en vigueur dans les recherches sur le continent africain, quels sont leurs poids et leurs influences, en particulier sur les sociétés étudiées ?
Plus largement quels sont les dynamismes nationaux en vigueur dans le cadre des études africanistes et aussi africaines ? Comment les expliquer ? Dans ce cadre, quels rôles jouent les contextes institutionnels animant et entourant la recherche (appel d’offre, financements) ?
L’objet du colloque ne peut être de viser une critique des situations dans les différents domaines évoqués, mais d’établir des tendances significatives qui ont gouvernées les études africanistes au cours des 50 dernières années. Il s’agit donc de considérer ce grand mouvement de mutation des études africanistes depuis les Indépendances, à la fois dans ses dynamiques exogènes et endogènes. À cet égard, ce colloque international voudrait s’inscrire dans un contexte historique : celui du cinquantenaire marquant l’accession de nombreux pays africains à l’Indépendance. Mais c’est aussi l’occasion pour la Société des Africaniste de rendre visible la contribution des chercheurs regroupés en son sein à la connaissance de l’Afrique et de ses sociétés à travers l’analyse de leurs travaux effectués aux cours des cinq dernières décennies en vue d’identifier des sujets de recherche pertinents en ce début du XXIe siècle pour de nouveaux enjeux d’une Afrique en profonde transformation sur le plan économique, social et politique, grâce à une approche pluridisciplinaire et la confrontation des regards d’horizons différents des chercheurs africanistes et africains.

La Société des Africanistes

-       fondée dès 1931, a maintenant 80 ans. Son siège situé au Quai Branly permet à ses membres « africanistes » de côtoyer les membres des sociétés savantes s’intéressant à d’autres continents, ce qui représente un énorme avantage.
-       Elle édite deux fois par an son « journal des africanistes » par les soins duquel paraîtront sous peu les actes du colloque.

Ma réception du colloque :

La qualité de chacune des prestations a été réellement de haut niveau ; la pluridisciplinarité admirablement vécue a porté le fruit escompté, et des plus appréciables, celui de la complémentarité. Il revenait à Jean-Pierre Chrétien de donner la leçon finale, la clarté de sa synthèse a soulevé l’admiration de tous les participants, Africains comme Occidentaux. Je soulignerais, à sa suite, que c’est une analyse très positive que nous avons eu du continent africain.
Trois fois un regret a été énoncé, repris aussi à son compte par JPC. Le fait que aucun exposé n’ait été prévu pour développer le domaine des « religions », même si plusieurs orateurs ont eu à s’y référer de manière explicite.
Il me paraît tout à fait digne d’intérêt que l’on ait su regretter cette impasse sur la dimension « spirituelle » des peuples et des cultures du continent africain.

Autre innovation : la remise du Prix de thèse.

Un grand projet a vu le jour, celui d’honorer régulièrement par un prix, une thèse de doctorat en lien avec l’Afrique. Pour ce faire, nous étions reçus dans les locaux de l’Organisation Internationale de la Francophonie, invités par Monsieur Abdou Diouf ‘Secrétaire général de l’OIF’ et Monsieur Elisée Coulibaly ‘Président de la Société des Africanistes’. La remise du Prix de thèse était confiée à Madame Françoise Héritier et à Monsieur Yves Coppens professeurs honoraires au collège de France.

* * *

LE SAINT PERE EN AFRIQUE

Le mot « espérance » est le mot clef, le fil conducteur qui a uni tous les discours de Benoît XVI lors de son voyage au Bénin, du 18 au 20 novembre.

-      l'affirmation selon laquelle « l’Afrique est comme un immense poumon spirituel pour une humanité en crise de foi et d’espérance »,
-      le passage en revue de toutes les richesses qui, au-delà des richesses matérielles dont nombre de personnes cherchent à profiter, doivent pouvoir « sortir les peuples du continent de leurs difficultés », faire d’eux « les acteurs » de ce nouveau millénaire.

Ces richesses, mises en avant par Benoît XVI durant son voyage et dans son exhortation « AFRICAE MUNUS », sont « des richesses humaines et spirituelles, d’amour pour la vie, de créativité et de culture », que peuvent rendre encore plus précieuses l’écoute de l’Evangile et, donc, « l’engagement de l’Afrique pour le Seigneur Jésus Christ ».


-      A chaque étape de son voyage, le pape revient sur ce mot « espérance », le « crie avec force » aux chefs et aux responsables : « Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! », leur dit-il, tout en les encourageant à « la sagesse, la responsabilité, la bonne gouvernance ».
-      L’espérance dont parle l’Eglise est celle qui « anime l’engagement sur le terrain et la rend noble, l'ouvrant à un horizon spirituel et éternel ».
-      Et « ceux qui aiment tant l’Afrique doivent avoir le courage aujourd’hui de dire qu’elle peut être un continent de l'espérance ».

Michel Bonemaison 1 décembre 2011


Dimanche 20 novembre 2011 LA CROIX

De Cotonou, avec le pape

« Moi, le non-croyant, je suis ici un extra-terrestre ! ». Cette confidence d’un jeune expatrié français à Cotonou en dit long, paradoxalement, sur l’espérance de Benoît XVI pour l’Afrique et son Église. Terre croyante par excellence, le continent noir voit d’un mauvais œil les progrès de la sécularisation et ses nouveaux modes de vie. Mais, si le pape l’encourage à la résistance, il l’appelle également à se défaire des peurs multiples engendrées par cette immersion permanente dans les univers occultes, et à lutter contre les tentations syncrétistes.

Ainsi se dessine le défi d’une théologie catholique proprement africaine : comment exprimer la foi de façon structurée sur une terre majoritairement non alphabétisée, profondément irriguée de courants animistes, livrée à des réflexes de survie face à l’absence d’éducation, de soins, de revenus, vidée de ses émigrés, et pourtant douée d’une créativité trop souvent insoupçonnée ? Les très nombreux groupes d’origine pentecôtiste ont compris les bénéfices qu’ils pouvaient tirer de cette situation.

Appelée par le pape à relever ces défis, l’Eglise africaine, désormais locale et de toutes les couleurs, n’est pas pour autant lavée, par l’eau de son baptême, de ses taches originelles. Les foules ferventes témoignent aussi de fragilités.

A Ouidah, dans la cour du séminaire Saint-Gall, lieu réputé de formation sacerdotale pour toute l’Afrique de l’Ouest, Mgr Pascal N’Koué, évêque de Natitingou, responsable béninois de la formation sacerdotale, n’a pas mâché ses mots : « L’Esprit saint souffle abondamment dans notre pays. D’aucuns pensent que c’est parce que les jeunes peu doués y trouvent une sécurité d’emploi. ». « Cette situation, a-t-il poursuivi, recèle encore bien des fragilités inquiétantes. » Et il évoque une « crise », liée « à la soif des positionnements juteux. » D’où la nécessité de « reprendre en main la formation des prêtres et des consacrés », et de veiller, comme le dit « Africae munus », à « la bonne gestion et à la rectitude morale. »
Rome connaît ces fragilités. Au Bénin, pays pacifique, quasiment démocratique, où coexistent religions et croyances traditionnelles, choisi pour cela comme symbole pour le lancement de l’exhortation apostolique, Benoît XVI a proposé un contrat de confiance fondé sur l’espérance. Reste à l’honorer.

Posté par Frédéric Mounier à 11:03

lundi 7 novembre 2011

Secret des hommes secret des dieux

Pour prolonger la méditation proposée par le film « des hommes et des dieux »

Henry QUINSON
Préface de Xavier BEAUVOIS

Secret des hommes secret des dieux.

L’aventure spirituelle du film
Des hommes et des dieux

Presses de la renaissance
Paris 2011
295 pages.


En premier lieu  ce sont de chaleureux remerciements que je tiens à adresser à Henry Quinson pour son ouvrage, remarquable témoignage du cheminement spirituel de toute une équipe d’amis, artistes et techniciens, soudés par une découverte progressive celle d’une communauté d’hommes de Dieu amoureux des Hommes.

Lire ce livre remet le spectateur du film dans les mêmes sentiments suscités par la projection mais avec un déplacement, celui désiré (je pense) par l’auteur. « Conseiller monastique du film des hommes et des dieux, Henry Quinson retrace cette étonnante et rare aventure humaine et spirituelle » que fut celle de toute l’équipe réunie pour le tournage.

Quand je dis « déplacement » je me réfère à l’aventure non plus des moines mais des acteurs et des techniciens dont Henry Quinson nous retrace avec simplicité la découverte, l’accueil, le travail de mise en œuvre, peut-être même le travail sur soi de chacun de ceux qui apprennent à incarner l’un des moines ou accompagner ces artistes. La réussite est indéniable. Aucun n’a du ressortir indemne de cette expérience, pas plus que nous les spectateurs du film. A chacun d’eux toute ma gratitude.

Que de thèmes merveilleusement abordés et dans la plus humble simplicité, rejoignant par là la vie même des moines trappistes. J’en livre l’un ou l’autre à notre intelligence, voire à notre méditation car ils nous renvoient évidemment tous à ce que nous avons vu si bien traité à l’écran :

Trois parties à ce livre :
la « genèse » du film qui exprime une vitalité étonnante,
la mise en acte appelée « incarnation » permettant de suivre pas à pas la lente et exaltante élaboration du projet cinématographique
et enfin, autre terme très évocateur en guise d’envoi, « effusion » d’où je ne peux qu’extraire les références de quelques unes de mes réflexions, que j’ose vous livrer, vous offrir.

Mystique de l’amour (pages 219-224)

C’est aux sœurs cisterciennes de l’Etoile Notre Dame à Parakou [Bénin] arrivées en 1960 et aux frères du Kokubu (implantés vers 1970) que je pense en lisant « Vous recevrez les hôtes comme le Christ car c’est en eux qu’il est adoré ». Accueil vécu avec amour offrant un havre de paix aux missionnaires de l’immense territoire de la préfecture apostolique 80.000 km². Accueil aux groupes très diversifiés accompagnés par ces mêmes pionniers de la foi chrétienne … et de ces groupes jaillissait un dynamisme tout jeune pour l’Eglise naissante.

    Quant à la référence au Caravage elle me remet en lien avec les artistes amis qui gravitent autour du « Musée Africain » de Lyon et dont la sensibilité apporte beaucoup dans la mise en œuvre du message que se doit un tel lieu. Comment mettre en lien les traditions africaines et la nouveauté qu’apporte Jésus ? « La foi chrétienne n’est pas une idée abstraite et froide – le dieu des philosophes et de la raison raisonnante -, mais une relation d’amour personnelle et intime ».

La revanche des dieux (225-230)

    « Beaucoup de médias parleront d’un film au-delà des religions. … Les faux dieux agonisent en ce troisième millénaire … Mais cette nuée, si elle s’impose comme dernière image du montage définitif, n’est-ce pas la revanche de la divinité biblique, qui décidément ne veut pas mourir ? » Les idéologies se succèdent, l’une d’elle née du matérialisme athée n’a vécu que 17 ans au Bénin, et je n’en connais aucune qui ait survécu autant que le message biblique, soit des millénaires, seulement mais déjà 2000 ans pour la foi chrétienne.

    Jean XXIII invitait à reconnaître les « signes des temps », à discerner ce qui était signe de renouveau dans le monde d’aujourd’hui. En tout homme n’y a-t-il pas une quête de l’au-delà, de l’altérité, voire de l’Autre Divin ? En marge des institutions, mieux, revivifiant ces dernières, que de mouvements s’épanouissent dans une forme ou l’autre criant leur besoin spirituel. Avec saint Justin découvrons ces « semences du Verbe » qui ne demandent qu’à s’épanouir dans le monde d’aujourd’hui.

Car « si les moines marchent en présence de Dieu et finissent par disparaître en lui, dans la nuée de sa gloire » … « Nous serons tous ensemble enlevés sur des nuées à la rencontre du Seigneur, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur ».

Rumeurs du monde (231-236)
Cannes – onisés (237-244)

    Oui, le rythme de la vie des moines est essentiel et, merci mon Dieu, il nous est permis d’en bénéficier, d’aller chez eux pour le consommer. Quelle merveilleuse thérapie au milieu des rumeurs du monde. Le film offre aussi à sa manière ce havre de silence par la justesse du ton redonné à bon escient par les temps de prière et les psaumes et hymnes. Remercions les acteurs pour la qualité de leur interprétation.

    « Ce  pays et l’Islam, pour moi … c’est un corps et une âme » du testament de Christian de CHERGE. Il me semble que de tels écrits, repris par des livres, des films, des émissions télévisées sont de première nécessité dans la société d’aujourd’hui, c’est la seule et unique manière d’exorciser les peurs ridicules qui engendrent la haine et la guerre. A ce sujet je signale que « l’Institut de science et théologie des religions de Marseille » a consacré de nombreux articles sur la théologie de Christian de CHERGE dans sa revue théologique et pastorale sur le dialogue interreligieux « Chemins de dialogue », et qu’une équipe pluridisciplinaire continue, poursuit son étude des textes de Christian pour une édition déjà en cours dont le remarquable ouvrage : Christian de CHERGE, une théologie de l’espérance Bayard 2011. 253 pages.

Communion (245-251)

    Non pas « fusion » entre les acteurs mais « Communion » ..., pas plus « connivence » mais « Communion ». « Les penseurs chrétiens préfèrent le mot ‘communion’ qui exprime une unité dans le respect des personnes ». Le mot est vrai car c’est bien cette communion entre les acteurs qui favorise le spirituel si présent dans le film. Favoriser cette dimension spirituelle, première dans la vie des moines de Tibhirine, demandait des choix et pour reprendre les mots de Dom Etienne Baudry « Vous avez su, quand nécessaire, travestir la réalité des détails historiques pour être au plus proche de la vérité essentielle, qui est spirituelle ». Ou pour citer Emmanuel Audrain « Avec peu de mots, ces chants bien choisis et ces visages habités, les frères revivent ! »

Exception prometteuse (256-263)

    « Des hommes et des dieux offrent … une vraie catéchèse : le spectateur assiste à la quête de Dieu chez les moines et découvre leur amour des hommes ; il comprend peu à peu que les deux sont liés, que le Dieu des moines est Amour, amour fraternel sans exclusive ».

    Et cette citation de Xavier Beauvois : « Les moines sont des hommes libres, égaux entre eux et avec leurs voisins … ils ne font aucun prosélytisme. Plus j’avançais dans le tournage, plus je voyais des parallèles avec la situation de la France. Chez nous, on est de moins en moins libres, de moins en moins égaux et de moins en moins frères … C’était intéressant de mettre la société en perspective à travers le regard de ces moines ».

    La certitude de l’auteur que « revisiter Tibhirine ne consiste pas à regretter le passé, mais à préparer l’avenir » est valorisée par le supérieur de la communauté de Midelt au Maroc assurant que « L’essentiel du message que nos frères ont à dire au monde est là : ‘’Une amitié tissée au fil des années avec tout un peuple ne disparaît pas quand le risque d’en perdre la vie se profile à l’horizon’’ : C’est tout l’Evangile, et l’Evangile vécu jusqu’au bout … Nous vivons ici la même amitié avec ceux qui nous entourent, et le film nous encourage à aller encore plus loin ».


Michel Bonemaison
1er novembre 2011
Le Cendre 63270
* * * * *

Qu’est ce qui mène le monde ?

Nous nous interrogeons sans cesse au reçu des nouvelles. Je vous livre un échantillon de ce qui se dit chaque jour autour de moi :
Le monde a l’air de tourner à l’envers !
L’économie, la politique tout a l’air désaxé et dans le monde entier !
Que de scandales !
Que d’injustices légalisées !
Et les salaires des responsables des hautes instances ?
La corruption est en croissance, tout comme la pauvreté !
Les pays pauvres ne s’en sortiront jamais !
Et l’Afrique, un continent sans aucun avenir !
Je ne parle pas de la peur devant la montée des fondamentalismes …

Joseph Ratzinger
Benoît XVI

Jésus de Nazareth
du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration


Edition française sous la direction de Mgr François Duthel

Traduit de l’allemand par Dieter Hornig,
Marie-Ange Roy et Dominique Tassel.
Flammarion janvier 201O.  427 pages.

Pour ma part, titillé par les mêmes réalités, je constate que nous sommes incités, sinon invités, à redonner sa place à la dimension spirituelle dans notre monde.

Mes trente années vécues au Bénin, mes trois années en Argentine, me permettent de dire que j’ai vu vivre et grandir des peuples pleins d’espérance. Je suis témoin de l’énergie que les hommes peuvent développer pour vivre et construire leur société, leur nation et lui assurer un avenir. Mes sept années au service du Musée Africain m’ont permis de rencontrer des gens de partout et de toutes générations animés du respect de l’autre et en quête de Plus qu’eux-mêmes ; de véritables humains !


Ces quelques jours de retraite spirituelle dans un monastère trappiste m’ont permis entre autre, tout en recentrant mon espérance par et en Jésus le Christ, de relire l’ouvrage ci-contre dont je vous cite un de ces passages prophétiques qui ne peuvent que retenir l’attention.



Ch. 7 Le message des paraboles.
2. Trois grands récits en paraboles chez Luc.
La Parabole du bon Samaritain Luc 10,25-37. 
Citation pages 222-224.

« Une chose est claire : une nouvelle universalité se fait jour, fondée sur le fait, que de l’intérieur, je me fais déjà le frère de tous ceux que je rencontre et qui ont besoin de mon aide.

« Cette parabole est d’une actualité patente. Si nous la transposons à l’échelle de la société internationale, nous voyons que nous sommes concernés pat les peuples d’Afrique que l’on dépouille et que l’on pille. Nous voyons aussi à quel point ils sont notre « prochain » : notre mode de vie, notre histoire, dans lesquels nous sommes nous aussi impliqués, ont concouru et concourent encore à leur pillage. Et surtout, nous avons par là même blessé leur âme. Au lieu de leur faire don de Dieu, du Dieu qui, en Jésus Christ, nous est proche, au lieu d’accepter et de parachever tout ce que leurs propres traditions ont de précieux et de grand, nous leur avons apporté le cynisme d’un monde sans Dieu, où la seule chose qui importe, c’est le pouvoir et le profit. Nous avons détruit l’échelle des valeurs morales de sorte que la corruption et la volonté de pouvoir sans scrupule finissent par s’imposer comme des évidences. Et l’Afrique n’est pas un cas isolé.

« Bien sûr, il nous faut apporter une aide matérielle et réviser notre propre mode de vie. Mais nous donnerons toujours si peu si nous ne donnons que des choses matérielles. … »


Notre Dame des neiges
Michel Bonemaison
17-22 octobre 2011